Desarthe Agnès, Ce coeur changeant

La barque accélère d’un coup, les épaules de Kristina glissent vers l’eau. Elle serre la cheville de René entre ses bottines, croise ses pieds à l’arrière de ses mollets. Ses bras détendus traînent, majeurs à cinq millimètres de l’eau glacée, désinvoltes, comme dans le sieste ou dans la mort. René sent la cambrure du pied épouser son muscle soléaire. C’est leur premier contact. 

Ce coeur changeant avait tout pour me plaire. Un titre qui fait écho à « Marie », un poème d’Apollinaire dans Alcools (♥), un univers où la fiction a sa place, où elle reprend ses droits et laisse de côté l’autofiction. Une écriture charnelle, foisonnante et belle, des personnages bien campés, dans leur histoire et dans leur généalogie. Un ensemble bien équilibré où les époques s’entremêlent et se répondent, dans laquelle les histoires côtoient l’Histoire. Comment ne pas penser à du Zola ou du Balzac ? Oui, il y a un peu des Rougon et de la Comédie Humaine entre les lignes de Desarthe.

Le lecteur suit Rose et pense à ces autres personnages telle Cosette ou encore Gervaise. Une fraîcheur de vivre, une envie de croquer la vie à pleines dents. Nous sommes à l’aube du XXè siècle et Paris fourmille d’idées et d’espace. Pourtant, cette belle naïve est trop candide pour les requins de la capitale, aussi se fera-t-elle exploitée à ses dépens. Mais, malgré les affres et les souffrances, elle continuera de porter en elle ce fol espoir. Notamment parce qu’elle est gorgée de nombreuses lectures romanesques …

La vie lui rendra-t-elle un jour cette foi qu’elle garde en elle ?

Si elle tentait de remettre bout à bout les morceaux de son existence, le puzzle lui résistait. Aucune des pièces ne s’imbriquait …

Le roman avait tout pour me plaire. Cette destinée de femme forte qui quitte sa famille et s’émancipe, ce plaisir des livres et de la lecture, cette envie qu’elle porte sur le monde, ce regard aussi. Pourtant je suis restée à l’extérieur de cette histoire. A l’aune des qualités romanesques citées, vous pourriez vous demander pourquoi l’attachement n’a pas eu lieu. Je serais bien en peine de vous l’expliquer … Sans doute trop d’intertextualités qui m’ont rappelé les grands classiques du XIXè ?

Le roman a obtenu le Prix littéraire « Le Monde », en lice pour le prix du meilleur roman des lecteurs de Points.

Auteur Agnès Desarthe
Editeur Points
Date de parution 18/08/2016
Collection Points
EAN 978-2757861943
ISBN 2757861948
7 € 30
321 pages

 

Leiloona
Épicurienne culturelle, je sillonne villes, pays et musées, toujours un livre dans mon tote bag ... Chaque lundi, je publie mes textes dans un atelier d'écriture basé sur une photographie que j'anime depuis 5 ans. Museo geek l'hiver, sirène l'été. J'aime les bulles, le bon vin et les fromages affinés. View all posts by Leiloona →

6 commentaires

  1. Comme toi, je n’ai pas été emballée. J’ai dévoré la première partie, mais le seconde m’a laissée au bord du chemin. Impossible d’adhérer faite d’une construction claire, crédible…

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    1. Ah oui ? Vais aller te lire, Sab !
      C’est exactement ça, le début, de très jolis passages, puis je me suis perdue et ennuyée malgré les moult péripéties …

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  2. J’ai ressenti exactement la même chose que toi en le lisant l’année dernière. J’étais très perplexe en le refermant car sur le coup, je ne comprenais pas mon non-intérêt pour ce roman qui avait tout pour me plaire.

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    1. C’est fou, ça ne m’arrive pas souvent … reconnaître les qualités littéraires, mais me dire que non y a un truc qui a coincé ! :/

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    1. Je ne suis pas certaine de continuer, trois romans que j’essaie et trois mi figue mi raisin … A moins que je n’essaie Mangez-moi …

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