Tours et détours de la vilaine fille, Mario Vargas Llosa

Je ne suis ni ne serai jamais ton ami. Tu ne t’en es pas encore aperçue? Je suis ton amant, ton amoureux, quelqu’un qui depuis tout gosse est fou de sa petite Chilienne (…). Ton pitchounet qui ne vit que pour te désirer et penser à toi. À Tokyo je ne veux pas vivre de nos souvenirs. Je veux te tenir dans mes bras, t’embrasser, respirer ton odeur, te mordre, te faire l’amour.

Il est des romans qui marquent mon chemin de lectrice. Je pourrais vous citer ma première grande claque à 16 ans avec L’Insoutenable légèreté de l’être de Milan Kundera, mais aussi plus récemment La mer noire de Kéthévane Davrichewy ou encore La Belle aux oranges de Jostein Gaarder. Pour des raisons multiples et diverses, j’ai pour eux une tendresse éternelle. La vilaine fille en fera partie.

Pourquoi me direz-vous ? Tours et détours de la vilaine fille est une histoire d’amour singulière (mais laquelle ne l’est pas ?). Tout au long de leur vie, Ricardo n’aura de cesse de croiser au détour d’un virage la vilaine fille. Toujours changeante, jamais la même, cette femme est une drôle de magicienne qui se flétrit dès que le quotidien entre dans sa vie. Instable ? Elle s’acoquine et se marie alors à différents hommes, change de continents, de vie, de moeurs aussi, mais avec toujours en toile de fond ce bon garçon Ricardito follement épris d’elle. Il suffit qu’elle l’appelle pour qu’il redevienne profondément amoureux.

Leur histoire n’a rien d’une sinécure, et certains pourraient même y voir de la malice. Cette petite chilienne ne semble aimer personne, sinon elle, seules son apparence et ses richesses acquises semblent l’animer. De son côté Ricardo est un homme sans réelle passion, rempli par sa seule envie de vivre à Paris. Mais il se sent vivant avec elle et il sait surtout au fond de lui ce que lui donne réellement cette jeune femme. Le plus souvent solitaire, il mène une vie sans vagues et conforme. « Un bon garçon » loyal et honnête, comme aime le rappeler la vilaine fille.

A travers leurs multiples rencontres se dessinent aussi une cartographie et un siècle d’Histoire. L’Amérique du Sud,  la France, l’Espagne, le Japon … Voilà aussi l’occasion de renouveler à chacune de leur rencontre des épisodes à haut pouvoir charnel, mais aussi de fondre face aux « cucuteries » de cet homme bon et dévoué… Au fil du temps en sera-t-il toujours de même ?

Comme j’ai aimé les différents tons et registres de ce roman ! Ici nulle restriction dans le caractère des personnages, la narration fluctue et varie comme le courant d’un fleuve. Indomptable, en crue, elle sait aussi se faire tendre et douce. Ainsi glissons-nous de tragédie en comédie, d’ironie en tendresse, d’amour en haine, de faiblesse en force, de désappointement en amour sincère. Jamais nous ne nous lassons, admiratifs face à autant de rebondissements, pourtant fondés sur le même principe des retrouvailles.

Une véritable fascination aussi pour cette chilienne toujours changeante jamais la même, un attachement durable pour ce couple maudit mais animé d’une beauté mélancolique. Mario Vargas Llosa signe là un nouvel archétype féminin mais aussi le portrait d’un amour véritable pour une femme qui nous manque, qu’on ne peut oublier. La vilaine fille est une muse des temps modernes qui me poursuivra longtemps.

(Si l’auteur Mario Vargas Llosa lisait par hasard ces lignes, j’aurais quelques questions à lui poser …)

Auteur : Mario Vargas Llosa
Traducteur : Albert Bensoussan
Genre : Romans et nouvelles – étranger
Editeur : Gallimard, Paris, France / Folio
Collection : Du monde entier
ISBN : 978-2-07-078083-9
GENCOD : 9782070780839
417 pages

Leiloona
Épicurienne culturelle, je sillonne villes, pays et musées, toujours un livre dans mon sac ... Chaque lundi, je publie mes textes dans un atelier d'écriture que j'anime depuis plus de 5 ans, basé sur une photographie. Museo geek l'hiver, sirène l'été. J'aime les bulles, le bon vin et les fromages affinés. View all posts by Leiloona →

4 commentaires

  1. Je l’ai aussi beaucoup aimé, autant que Le héros discret. La tante Julia est le scribouillard attend son tour dans ma PAL.

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  2. J’ai aussi adoré ce roman et tu en parles très bien. J’ai même dans ma bibliothèque un joli exemplaire dédicacé par l’auteur.

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