Hôtel des deux mondes, avec Davy Sardou

© Fabienne Rappeneau

La confiance est une petite flamme qui n’éclaire rien, mais qui tient chaud « .

Eric-Emmanuel Schmitt revient avec une nouvelle création, mise en scène par Anne Bourgeois : Hôtel des Deux Mondes au théâtre Rive Gauche. 

Quand la porte de l’ascenseur s’ouvre, personne ne sait où il vient d’arriver, ni pourquoi. Endroit hors du temps et de tout, cet hôtel est une sorte d’antichambre de la mort. Un entre-deux où les personnes ne peuvent que patienter. Alors que nous passons notre temps à courir à gauche et à droite sans nous poser pour réfléchir, cet hôtel des deux mondes permet de retrouver ce goût de la lenteur et de la réflexion. Ici on prend le temps de « vivre » de nouveau. Le lieu nous permet aussi d’entendre ce qui se passe en bas, lorsque la famille vient voir le corps dans le coma. De drôles d’histoires qui se créent, des révélations, des déceptions souvent.

Néanmoins dans cet hôtel nous n’avons guère le temps de nous ennuyer : que de personnages cocasses ! Un président imbu de lui-même et sûr de lui, une espèce de sage hindou, une femme de ménage, et un nouvel arrivé : Julien. Un jeune quadra’ qui ne demande qu’une chose : repartir. Cette volonté sera forcément amochée par la venue de Marie, qui n’en est pas, semble-t-il, à son premier passage par ici …  Quand repartiront-ils et dans quel sens ? Personne ne le sait. 

Vous vous doutez bien que les réflexions autour de la mort et de la vie vont aller bon train. Que reste-t-il de nous ? De nos choix ? Où est allée notre vie ? Aurait-on envie de la changer si jamais on nous laissait l’opportunité de redescendre ? Jusqu’où pourrait-on donner à autrui ?

On revient aussi sur des personnalités assez marquées : le président imbuvable aura-t-il le droit à une seconde chance ? La femme de ménage n’est-elle pas la plus sage d’entre tous ? Et que cache le mage sous ses airs enjoués ? Autour d’eux gravitent des êtres assez énigmatiques : sont-ils vraiment des anges ? Et quid de ce docteur ? Peut-il interférer avec l’instance suprême ?

Ce huis clos presque sartrien est mené tambour battant, les réflexions sont souvent attendues, mais certaines font mouche. Quelques longueurs vite effacées par la dernière partie, plus alerte. Tout doit-il être vécu de façon intense ? N’est-ce pas le propre de ceux qui savent leur temps compté ? Mais alors cela voudrait-il dire qu’il est préférable d’avoir une échéance courte et de vivre intensément plutôt que de vivre mollement de longues années ?
(Entre nous, le mieux est de savoir vivre intensément sa vie sans une quelconque échéance … Mais bon.)

Malgré quelques longueurs, certaines réflexions d’Eric-Emmanuel Schmitt possèdent une belle profondeur, une de celles qui nous fait réfléchir en sortant de la pièce. Après tout, n’est-ce pas cela le théâtre ? Se divertir et réfléchir ? Entre légèreté et profondeur …

Une pièce sympathique sur un sujet porteur, avec des comédiens hauts en couleur, une mise en scène assez wagnérienne qui ne pourra guère vous laisser indifférent.

De Eric-Emmanuel SCHMITT
Mise en scène Anne BOURGEOIS
Avec Davy SARDOU, Jean-Paul FARRÉ, Jean-Jacques MOREAU, Odile COHEN, Noémie ELBAZ, Michèle GARCIA, Günther VANSEVEREN, Roxane LE TEXIER
Theatre Rive Gauche (Paris)

Leiloona
Épicurienne culturelle, je sillonne villes, pays et musées, toujours un livre dans mon sac ... Chaque lundi, je publie mes textes dans un atelier d'écriture que j'anime depuis plus de 5 ans, basé sur une photographie. Museo geek l'hiver, sirène l'été. J'aime les bulles, le bon vin et les fromages affinés. View all posts by Leiloona →

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