Interview de la libraire de Page et Plume à Limoges : Aurélie Janssens

Chaque dernier vendredi du mois, nous retrouverons un interview d’un libraire (ou d’un éditeur, ou d’un auteur) présent dans la revue Page des libraires !

C’est Aurélie Janssens qui inaugure ce nouveau rendez-vous sur le blog ! Je la remercie !


Comment êtes-vous devenu libraire ?

J’étais étudiante en Master 2 de Lettres à l’université de Limoges. Comme chaque été, je cherchais un job pour payer mes études. J’avais déjà fait tout un tas de choses qui avait peu de rapport avec les lettres (factrice à la Poste, employée à la SNCF, aux impôts, dans une piscine…). Là, j’ai fait une candidature spontanée à Page et Plume, librairie généraliste de centre-ville. J’ai été embauchée pour la reprise des manuels scolaires l’été, puis sur un temps partiel pour la rentrée et les fêtes. Un emploi s’est libéré, on m’a proposé le poste à plein temps. Je ne voulais pas être prof. C’est bien tombé.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce métier ?

Il y a deux choses qui me plaisent. Tout d’abord, l’échange. On ne fait pas ce métier si l’on ne possède pas cette motivation. On lit un livre, on l’aime tellement qu’on a envie qu’il soit lu par d’autres personnes. Les lecteurs nous nourrissent aussi, nous font découvrir des livres, des auteurs qu’on ne connaissait pas. Comme dans tout échange il y a une part de confiance, d’honnêteté, deux valeurs rares de nos jours et qu’il faut préserver. La seconde chose, c’est la découverte. Le métier de libraire, c’est comme être une enfant le matin de Noël, mais trois ou quatre fois par semaine, lorsque l’on ouvre les cartons de nouveautés. Il n’est pas rare de nous entendre couiner de joie, voire danser lorsque l’on découvre dans les nouveautés, un livre d’un auteur qu’on attendait, ça fait d’ailleurs beaucoup rire les clients qui assistent à ces scènes !

Quelle dernière lecture vous a le plus marquée ?

L’un l’autre de Peter Stamm. Parce que c’est un roman d’une fluidité incroyable, dès le début l’auteur nous prend par la main et nous emmène, sans que l’on puisse résister ou protester. Il y a une forme de douceur, de mélancolie, de beauté, dans ce roman de la fuite. Un temps suspendu et pourtant en mouvement. Et c’est un roman sur l’amour et la fidélité remarquable.

Quel livre de l’actualité littéraire conseillerez-vous pour se faire du bien ?

Un dernier verre au bar sans nom, de Don Carpenter chez 10-18. C’est un roman solaire. Déjà parce qu’il se passe sur la côte Ouest des Etats-Unis, dans les années 50-60. On y suit une bande d’amis, apprentis écrivains, leurs doutes, leurs angoisses, leurs ambitions, leurs rêves. On a l’impression de faire un peu partie de cette bande, de les accompagner dans leur vie. C’est une période fascinante car les auteurs commencent aussi à écrire pour le cinéma, et cela les divise d’ailleurs. C’est un roman qui est édité posthume et qu’on a bien fait de sortir de l’oubli car c’est une pépite.

De quelle manière participez-vous à la revue et pourquoi ?

J’écris des articles pour Page des libraires depuis à peu près six ans maintenant. Je prépare aussi la réunion de présentation de la rentrée littéraire qui a lieu chaque année à la Bnf pour les libraires et les bibliothécaires. Cela me permet de poursuivre cet échange dont je parlais en dehors des murs de ma librairie, continuer de conseiller des ouvrages de manière différente. L’idée de se dire que les libraires de France forment un réseau, une sorte de phare dans chaque coin de l’Hexagone, prêts à vous accueillir, comme un refuge bienveillant, un chez-soi un peu partout.

Le livre que vous lisez en ce moment …

Le code de la route, parce que j’ai enfin décidé de passer mon permis. L’histoire est fouillée mais les personnages peu intéressants ! Plus sérieusement, le métier de libraires c’est aussi découvrir des pépites à côté desquels on était passé. Après avoir lu La Porte de Magda Szabo (qui vient de sortir au Livre de poche), j’ai eu envie de poursuivre ma découverte de la littérature hongroise et je suis tombée sur un recueil de nouvelles  Le traducteur cleptomane de Dezsö Kosztolànyi, publié chez Viviane Hamy, un vrai petit bijou dont je me délecte avec beaucoup de plaisir de ces nouvelles décalées, drôles et intelligente.

Retrouvez ici la chronique d’Aurélie Janssens sur L’intérêt de l’enfant de Ian McEwan, le livre du mois chez Page ! (Le plus lu et le plus conseillé !)

Extrait :

Longtemps spécialiste des histoires sombres, entre roman noir, roman psychologique et thriller, où les ombres de l’âme humaine y étaient narrées dans leur plus grande cruauté, Ian McEwan semble s’être assagi… en apparence ! Si les sentiments sont moins violents, les décisions à prendre sont tout aussi cruelles.

Et la semaine prochaine, un nouveau concours pour gagner des exemplaires de la Revue Page ! Enjoy !

Leiloona
Épicurienne culturelle, je sillonne villes, pays et musées, toujours un livre dans mon sac ... Chaque lundi, je publie mes textes dans un atelier d'écriture que j'anime depuis plus de 5 ans, basé sur une photographie. Museo geek l'hiver, sirène l'été. J'aime les bulles, le bon vin et les fromages affinés. View all posts by Leiloona →

3 commentaires

  1. Oh mais je suis déjà passée devant cette librairie (en revenant de la médiathèque, sûrement ^_^)

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