La petite fille de monsieur Linh, Philippe Claudel

Le vieil homme approche de la fenêtre. Le vent n’agite plus le grand arbre, mais la nuit a fait éclore dans la ville des milliers de lumières qui scintillent et paraissent se déplacer. On dirait des étoiles tombées à terre et qui cherchent à s’envoler de nouveau vers le ciel. Mais elles ne peuvent pas le faire. On ne peut jamais s’envoler vers ce qu’on a perdu, songe alors Monsieur Linh.

Il est des romans qui restent des années dans ma PAL. Tu devrais le lire, c’est une vraie claque. Quelle douceur …  Mais le livre reste là, bien sagement. Et puis un jour, nous l’ouvrons, nous ne savons pas pourquoi : mû par notre inconscient ? Un conseil suprême du livre qui nous l’impose sans que nous ne le sachions (cette idée me plaît) ?
Alors nous commençons le roman.
Pour ne plus le lâcher.

Il y est question d’exil, de perte, de départ, de mort. Tourner le dos à jamais à un pays perdu. Forcément, cela me parle … Et puis, d’emblée la langue me plut. Une certaine douceur qui contraste avec le choc des péripéties.

Monsieur Linh a tout perdu. C’est un vieux monsieur et il vient de voir ses proches mourir. Il n’a plus rien, si ce n’est sa petite fille. Alors, il vivra pour elle, pour qu’elle ait un tuteur sur lequel s’appuyer, des racines pour pouvoir grandir. C’est une petite fille docile. Jamais de pleurs, jamais de cris. Portée par son grand-père, elle va où il l’emmène. Avec une valise vide et une poignée de terre, monsieur Linh quitte l’inacceptable, les flammes et l’Enfer. Mais la route est elle aussi pavée de dangers …. De belles rencontres toutefois, comme ce monsieur Bark. Même s’ils ne parlent pas la même langue, ces deux-là se comprennent et une belle amitié naît entre eux.

L’écriture de Philippe Claudel possède cette force de donner de l’héroïsme à ces coeurs simples. Il ne se passe rien dans ce récit, du moins l’histoire pourrait se résumer en une ligne. Mais quelle densité dans les mots, dans chacun des gestes. Alors le moindre acte devient symbole, le respect, la douceur et l’humanité transparaissent dans ces pages terribles. Vu le format proche de la nouvelle, notre coeur de lecteur se dit que quelque chose se trame en filigrane, que la fin nous cueillera sans doute par surprise. J’ai cherché les indices précurseurs, j’en ai trouvé, mais j’étais loin d’imaginer la fin que j’ai lue. Forte, belle, et terrible à la fois.

A découvrir. (Loin de son dernier roman Inhumaines beaucoup plus grinçant.)

192 pages
Date de parution : 29/08/2007
Editeur d’origine : Stock
Langue : Français
EAN / ISBN: 9782253115540
5 € 60

Du même auteur, chroniqué ici :

Avant l’Hiver

Il y a longtemps que je t’aime

Leiloona
Épicurienne culturelle, je sillonne villes, pays et musées, toujours un livre dans mon sac ... Chaque lundi, je publie mes textes dans un atelier d'écriture que j'anime depuis plus de 5 ans, basé sur une photographie. Museo geek l'hiver, sirène l'été. J'aime les bulles, le bon vin et les fromages affinés. View all posts by Leiloona →

7 commentaires

  1. Ma première lecture de Philippe Claudel. J’avais beaucoup aimé (et j’ai vu venir aux trois-quarts du roman).

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    1. Lu les Âmes grises (non chroniqué ici car avant l’ouverture du blog) … Deuxième lecture, donc. ME suis aperçue que j’avais plus vu ses films que lu ses livres ! 😀
      J’ai pensé à quelque chose (de pire), mais pas à cette fin, non…

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  2. Ce n’est pas nouveau…
    Ce fut une de mes premières chroniques sur livrogne (.com)
    Mais c’est à relire. Un de ces bouquins que je garde précieusement, quand tant d’autres finissent dans des cartons

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  3. un beau souvenir que ce livre…
    j’avoue ne pas avoir du tout envie du dernier livre de Philippe Claudel, ce qu’il en a dit à la grande librairie m’a suffit !

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  4. Un superbe souvenir de lecture, qui marque, dont on se souvient!

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Commentaire :

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