L’Enfant qui, Jeanne Benameur

La grammaire de cette langue-là ne s’apprend nulle part. Personne ne peut l’enseigner. C’est une langue sauvage. Qui va sa route de corps en corps, ne se donne que par le silence de la peau… C’est la langue des rêves assourdis et des mythes des hommes. Certains l’ignorent toute leur vie. D’autres la laissent revenir parfois, dans l’amour ou le silence, revenue du secret de la mémoire.

Rentrons dans ce texte sur la pointe des pieds. N’effrayons pas cet enfant qui vient de perdre sa maman. Partie, évaporée. Il se reconstruit sans elle…

Comment raconter l’absence, la perte, le navire qui n’a plus de boussole ? A pas feutrés. Par des mots qui transcendent l’effroi. Par un chien protecteur qui suit l’enfant, mais que lui seul voit.

Jeanne Benameur livre ici un texte qui se lit d’un souffle. La narration broie, malmène les tripes du lecteur confronté à  la perte la plus atroce. Un enfant qui perd sa maman. Il navigue à l’aveugle, porté par un père étrange et une grand-mère aux secrets longtemps enfouis. Petit à petit l’histoire se révèle, par touches impressionnistes. Une simplicité des mots justes, une confrontation du monde adulte face à celui de l’enfance. Mais que reste-t-il à un enfant quand ses repères se sont effacés ?

L’enfant qui est devenu un petit livre aux cornes multiples :  je me suis souvent arrêtée sur certaines expressions. Leur beauté fait que le temps suspend son vol,  je le digère et m’imprègne de cette simplicité extraordinaire. La narration fonde un nouveau langage. La langue des résilients, des êtres perdus qui ont trouvé en eux, en ce chien, en cette famille de quoi survivre encore un peu.

La mère s’en est allée sans tambour ni trompette. A peine un bruissement de cils. Trois petits tours et puis s’en va. Alors il reste les autres, mais surtout cet enfant qui n’a pas encore assez de bagages pour comprendre. Alors l’enfant s’enfonce dans cette forêt, il se souvient d’une langue maternelle étrange que seule sa mère parlait. La langue d’avant toutes les langues. 

Portée, ballottée, effrayée, conquise, de multiples émotions m’ont parcourue. La narration de L’enfant qui est lente, elle donne à voir, elle chemine, elle s’entrelace, elle guide aussi. On touche ici à l’origine, à nos tripes, à notre corps, à ce langage que nous avons parfois perdu, mais que nous retrouvons dans les moments essentiels.
Ecoutez votre peau… écoutez son langage …

Petit bijou que L’enfant qui

(Un cadeau transcendant pour la fête des mères qui approche …)

Éditions Actes Sud (Mai 2017)
112 p.

Prix : 13,80 €
ISBN : 978-2-330-07898-0

Noukette a aimé aussi … : Vibre des mots contenus, du silence assourdissant de la mémoire et de la langue secrète des mères…

SaxaoulLe lecteur doit accepter de ne pas tout comprendre et se laisser porter par ce conte, cette fable, avec le cœur ouvert.

Leiloona
Chroniqueuse culture et disciple d'Epicure. Je lis, j'écris, je visite ... Chaque lundi depuis 6 ans, je publie mes textes dans un atelier d'écriture basé sur une photographie. Museo geek l'hiver, sirène l'été. J'aime le bon vin et les fromages affinés. View all posts by Leiloona →

16 commentaires

  1. Qu’il est beau ton billet <3
    Et qu'il est beau ce livre aussi <3
    Bisous demoiselle

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    1. Merci ma miss ! ♥
      Il est toujours plus simple d’écrire sur du beau. 🙂 (Ecrit en 5 minutes, premier jet … le coeur qui parle en somme.)

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    1. Oui, encore plus jus que d’habitude, même ! 😉 (l’absence presque totale de narration peut décontenancer.)

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  2. Superbe billet ! Les mots choisis pour en parler sont d’une délicatesse !
    J’ai failli craquer dessus en librairie hier mais je me suis dit que j’en avais déjà bien assez en attente. Ceci dit je le note.

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    1. Oh merci, Amandine ! 😉
      J’ai craqué, il est passé avant d’autres, oui, je sais, guère raisonnable. 🙂

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  3. J’auraia tant aimé me lakser aller dans cette historie… mais ce type de narration ne me convient pas je crois.

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  4. Quand on est un(e) habitué(e) des mots de Jeanne, on se coule avec simplicité dans ce texte qui rajoute une pierre à l’édifice patiemment construit par l’auteure depuis plusieurs années. Essentiel et magnifique <3

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