Ma Reine, Jean-Baptiste Andrea


Elle était tellement belle que j’avais envie de me glisser dans sa peau et de devenir elle pour savoir ce que c’était. Puis j’ai pensé que je pourrais plus la voir si j’étais dans sa peau, sauf dans un miroir, et que ce serait peut-être mieux si c’était elle qui se glissait dans ma peau à moi. Je ne pourrais pas la voir non plus mais au moins, je pourrais l’emmener partout.

L’enfant regorge de pépites et de merveilles, il est prompt à croire à l’inaccessible, au beau, à l’imaginaire. Et il y croit tellement que cet imaginaire devient son réel, par un effet de boomerang.

Ma Reine est une rencontre entre deux êtres qui ne veulent pas quitter les rives de l’enfance. L’un est considéré comme le benêt du village, et ses parents ont l’idée de l’envoyer loin de sa Provence natale. Alors, pour prouver qu’il est un homme, il s’enfuit de chez lui et atterrit dans cette forêt qu’il ne maîtrise pas. L’autre est une jeune fille, ou plutôt une apparition comme seules savent le faire les fées, ou les déesses. Elle sera sa reine, celle qui peut tout lui demander. Aussi ne doit-il jamais savoir qui elle est, ni d’où elle vient, sinon le charme serait rompu.

Au fil des pages, l’amitié naît, belle, pure, sincère, dénuée des artifices des humains. La forêt autour est leur écrin. A l’abri du regard des hommes, dans cette vallée de L’Asse, ils créent ensemble leur propre univers fait de dragons et de châteaux. Toutefois, il y a toujours, comme dans les contes pour enfants, cette épée de Damoclès au-dessus de la tête. Et un été ne dure jamais que le temps d’un été. Qu’adviendra-t-il du garçon une fois l’hiver revenu ?

Et si la curiosité était plus forte que la magie créée par sa reine ?

Ma Reine est un premier roman sur les jeux des enfants, mais aussi sur l’envers des contes, une fois que la réalité a été dévoilée. Comment ce garçon gérera-t-il sa sortie de l’innocence enfantine ?

Le pari était de naviguer entre deux eaux : la merveille et la magie teintées tour à tour de couleurs vives et de noirceur. Et puis, faire parler des enfants, qui plus est un garçon qui a du mal à s’exprimer était une véritable gageure. Il fallait que cela fasse vrai. La narration n’utilise pas, comme dans Des Fleurs pour Algernon, un phrasé heurté, mais le défi est réussi. Le lecteur plonge dans ce monde de l’enfance avec délice. L’adulte croit à ce lien entre eux deux, il retrouve cette belle fraîcheur originelle entre deux personnes. Parfois, il glisserait même lui aussi vers ses rives de l’enfance où tout semble permis.

Un bel univers crée, une langue parfaite pour décrire les émotions de Shell et de Viviane, un univers qui nous fait replonger dans l’enfance sans nous faire oublier non plus la cruauté de la vie. La narration nous ferait même croire que la magie existe bel et bien : j’ai eu envie d’y croire et j’y ai cru. Seul le traitement de la nature manque d’envergure à mes yeux : il y manque un souffle épique et une mythologie à peine effleurés pour me charmer totalement.

Malgré tout, plongez dans les rives de Ma Reine pour retrouver la saveur sucrée du monde de votre enfance, mais aussi pour cette soif d’absolu parfaitement incarnée par Shell.
Et si la naïveté et la candeur étaient les véritables ponts vers le bonheur ?

 

Auteur Jean-Baptiste Andrea
Éditeur Iconoclaste Eds De L’
Date de parution 30/08/2017
Collection Littérature
EAN 979-1095438403
ISBN 1095438409
Nombre de pages 240
17 €

En lice pour le Prix du roman Fnac 2017 (parmi les 5 derniers)
Talents Cultura 2017

Leiloona
Museo geek l'hiver, sirène l'été. Je lis et j'écris durant les 4 saisons. J'aime le bon vin et les fromages affinés. View all posts by Leiloona →

12 commentaires

  1. Ah je ne sais pas. Tu ne sembles pas totalement convaincue. Et je passe parfois à côté de ce genre de livre…

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    1. Rah ! La faute à je ne sais plus qui … J’y ai lu que c’était le nouveau Giono, donc tu penses bien que j’ai illico voulu tâter de sa plume. Et je n’y ai pas retrouvé sa force.
      Délicat de lancer une nouveau plume, donc souvent on fait des comparaisons, et là parler de Giono c’est un peu comme jeter un énorme pavé dans la mare.
      Alors certes il y a la forêt, ce goût de la nature, un berger, cette liberté des enfants, une certaine magie. Mais il m’a manqué quelque chose oui. Ce n’était pas loin, juste à quelques encablures de mots. Il aurait suffi d’un rien pour le propulser en coup de coeur inoubliable.
      C’est un très bon roman (premier ou pas), j’aime les valeurs qui y sont développées, mais un rien manque. Du coup, ce serait tout de même dommage de passer à côté.

      Ce matin, j’ai lu aussi qu’on l’avait comparé à Bourdeaut ou encore à Pagnol … donc bon, pas les pires non plus. A toi de te faire une idée. 🙂

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  2. Je trouve que l’auteur a su créer un réel univers, une ambiance, il y a beaucoup de poésie dans ce roman. On sent la touffeur de l’été, les parfums de la garrigue… et on retrouve l’enfance.

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    1. Tout à fait, une poésie des mots qui affleure. Je l’ai aimé pour cette raison, et aussi comme tu dis pour cette écriture sensuelle. J’ai lu ce livre perdue dans la montagne moi aussi … donc forcément j’ai ressenti cette touffeur et ses senteurs de la forêt … tout comme les ombres qui grandissent quand le soir tombe, oui.

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    1. Tu peux oui, c’est une belle plume qui vient de naître. 🙂 (un univers bien particulier en sus.)

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  3. Ping : Rentrée littéraire septembre 2017 | Bric à Book

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