Hippocrate aux enfers, Michel Cymes

Une victime venue témoigner au procès de Nuremberg

Des médecins tortionnaires, complices, passivement, activement (…) Certains ont agi, d’autres ont regardé. Certains ont obéi, d’autres ont initié. Tous ont été la honte de notre profession. (…) Surtout ils n’étaient pas seuls. Les complicités allaient des facultés de médecine prestigieuses aux laboratoires pharmaceutiques peu scrupuleux quant à l’origine des cobayes ou l’absence de consentement de la part de ceux sur qui étaient testés les produits. Sans oublier les Alliés, qui récupérèrent nombre de scientifiques qui avaient les mains souillées du sang de leurs victimes.

Qui ne connait pas Michel Cymes, ce célèbre médecin, chirurgien spécialisé dans l’ORL, plus connu en tant qu’animateur à la télé dans des émissions qui touchent essentiellement à la santé ? Ses chroniques sont souvent pleines d’humour, parfois corrosif teinté de cynisme, ce qui déplaît à certains.
Quand il publia en janvier 2015 Hippocrate aux enfers, beaucoup de critiques s’élevèrent par rapport à la justesse des dates et d’autres par rapport au caractère insoutenable de certaines scènes décrites.

Pour ma part, la curiosité fut si forte que je me suis juré de lire sa plume un jour. Je voulais savoir mais surtout comprendre, non pas pour justifier et encore moins pour cesser de condamner, mais juste comprendre certains actes, qui disait-on, semblaient avoir permis de grandes avancées scientifiques, mais à quel prix ? De certaines vies humaines ? Celles qu’à l’époque on considérait comme inférieures à sa propre vie ? A des cobayes humains vivants qu’on avait emprisonnés parce qu’ils représentaient l’ennemi ? Mais jusqu’où peut aller l’horreur dans une Humanité ?

La plume de Michel Cymes est factuelle, il relate des faits à partir d’autres livres cités tellement on sent qu’il n’est lui-même pas capable de décrire l’impensable. Il rajoute parfois son ressenti devant le caractère abject des décisions de ceux au pouvoir à l’époque pendant cette période de seconde guerre mondiale.

On en ressort chamboulé après la lecture de ce livre. Mieux vaut avoir le moral ; certaines scènes sont juste inimaginables. On a l’impression d’être dans un mauvais film mais on comprend que ce fut une triste et insoutenable réalité pour les malheureux qui sont passés à travers les mains et expériences plus que douteuses et souvent mortelles de médecins, c’est-à-dire d’adultes ayant juré le serment d’Hippocrate, texte fondateur de la déontologie médicale dont l’un des préceptes est le suivant : « Je dirigerai le régime des malades à leur avantage, suivant mes forces et mon jugement, et je m’abstiendrai de tout mal et de toute injustice. Je ne remettrai à personne du poison, si on m’en demande, ni ne prendrai l’initiative d’une pareille suggestion ».

Un livre que je vous conseille, si comme moi, vous avez envie d’en savoir plus pour qu’il n’y ait plus jamais ça sur Terre.

Collection : Le livre de poche
Parution mise à jour : décembre 2016
214 pages
ISBN : 978-2-253-18574-1
Prix: 6.60 €

Nady ☆
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14 commentaires

  1. Et donc une phrase qui fait echo aux débats sur l’euthanasie :  » Je ne remettrai à personne du poison, si on m’en demande, ni ne prendrai l’initiative d’une pareille suggestion ».

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    1. tu as raison aussi Adèle, d’où le besoin de devoir vraiment bien cadrer les lois quand on arrivera à l’euthanasie et Dieu sait comme je milite pour y arriver mais là ce n’était pas le cas. On donne délibérément du poison pour tuer des êtres qu’on juge différents de soi pour ne pas dire inférieurs… même moi tu vois j’ai du mal à écrire cela tellement je ne le conçois pas…

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  2. Une lecture qui m’a profondément marquée également. Plus de 200 pages de supplice et en le refermant je me suis demandée ce qu’il y avait de pire : commettre de tels crimes ou se rendre compte que les « sauveurs » ont été capable de faire appel à certains et en ont profité pour servir leurs propres intérêts …

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    1. je comprends ton ressenti l’Ivresse. Je fermais le livre après chaque chapitre pour reprendre mon souffle mais j’ai tenu à aller jusqu’au bout…

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  3. Je ne lirai pas ce livre, même si comme tu dis, c’est un devoir de mémoire. Je doute tenir sur les supplices commis au nom de la barbarie. J’ai besoin de comprendre la logique de l’autre, or lorsqu’il n’y en a pas, cela me perturbe un chouille. (Euphémisme.)

    Merci pour ta chronique, Nady.

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    1. Je comprends aussi ton raisonnement. Je t’avouerai qu’appréciant l’auteur et parfois son humour caustique dans sa fonction d’animateur TV et radio, j’étais aussi curieuse de découvrir sa plume mais ai eu besoin de légèreté dans le livre en cours de lecture ;-)/

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    1. on le ressent beaucoup plus grave et dépité à travers sa plume sur un tel sujet qu’à la télé ou à la radio sur des sujets plus légers…. Quoique je l’ai vu dernièrement défendant les vaccins et son ton est engagé quand il défend une cause qui lui tient à coeur…

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  4. Je l’avais lu à sa sortie et j’avais été frustrée, j’avais un peu l’impression qu’il avait été écrit à la va-vite, sans avoir été fouillé.

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    1. Tout dépend de l’attente au début. Perso, j’avais juste la curiosité de découvrir sa plume et le sujet que je ne connaissais pas plus que cela. Depuis, j’ai cru comprendre qu’il a aussi mis à jour beaucoup de faits et dates face aux critiques sur certaines véracités de témoignages.

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