Les jumeaux vénitiens, Goldoni, Théâtre Hébertot

Au théâtre Hébertot se joue en ce moment une pièce de Goldoni d’une modernité bluffante. Portée par l’excellent Maxime d’Aboville qui joue le rôle des jumeaux, la comédie italienne du XVIIIè renaît de ses cendres !

Tout commence par l’arrivée de Zanetto à Vérone. Promis à une riche bourgeoise, cet homme est aussi riche qu’il est bête et rustre. Des sales manières, un langage peu approprié, tout comme ses gestes, il incarne l’homme animal à l’état pur. Une gifle part, Zanetto quitte sa promise pour se retrouver dans la rue. Sauf qu’il ne le sait pas encore, mais son jumeau (qu’il ne connaît pas) est lui aussi attendu à Vérone.

Vous imaginez les quiproquo ! En effet, le frère Tonino est l’exact inverse de Zanetto. Fin, cultivé, prévenant, un peu roublard tout de même (la perfection n’existe pas), il est presque le gendre idéal. D’ailleurs, la belle blonde Béatrice a quitté ville et parents pour ses beaux yeux. Elle aussi est arrivée à Vérone.

©Bernard Richebé

Outre la pluie de quiproquo qui provoque les rires, « Les jumeaux vénitiens » tient avant tout son succès au jeu de Maxime d’Aboville. Une gestuelle hilarante, un double jeu bluffant, une prise totale de l’espace scénique, le comédien enflamme la salle et la fait pleurer de rire.

Bien entendu, nous retrouvons des personnages typiques de la commedia dell’arte italienne : l’effrontée Colombine, des zanni assez attachés à leur maître, une jeune fille sous la coupe de son père… Mais Jean-Louis Benoît a aussi choisi de moderniser le texte, notamment par une mise à jour des mots familiers (après tout, nous sommes bien dans une comédie où le rire se doit d’être là.)

Loin de n’être qu’une comédie classique, la pièce flirte aussi avec les lisières du pathos, et les morts ne sont pas exemptes par exemple … Au public habitué aux pièces classiques à la française, cela peut surprendre. Goldoni voulait avant tout en effet moderniser le théâtre, délaissant notamment les masques de la commedia dell’arte, et ce petit côté révolutionnaire se voit bien déjà. Sous les rires, le spectateur moderne peut en effet voir une critique de la société bourgeoise où le plus pur des personnages se fait avoir.

Un excellent moment comique, porté par un Maxime d’Aboville au sommet de sa forme, mais aussi par un texte extrêmement moderne. En sortant du théâtre, comment ne pas se demander comment Goldoni a réussi ce tour de force de nous rendre très attachant et touchant le plus rustre des personnages ?

« Les jumeaux vénitiens » de Carlo Goldoni
Théâtre Hébertot, Paris
78 bis Boulevard des Batignolles, 75017 Paris
Jusqu’au 31 décembre 2017
Du mardi au samedi à 21 heures.
Samedi à 16 h 30. Dimanche à 16 h.
2 h
De 12 à 60 €

Leiloona
Museo geek l'hiver, sirène l'été. Je lis et j'écris durant les 4 saisons. J'aime le bon vin et les fromages affinés. View all posts by Leiloona →

6 commentaires

  1. Goldoni est responsable de ma pire expérience théâtrale (la villegiatura, à mourir d’ennui)… Cela dit, j’avais adoré Arlequin… (de toute façon la question ne se pose pas, le théâtre à Paris c’est trop compliqué pour moi…)

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    1. Ah ah ah ! Ici, point d’ennui, Dame Caro ! Bon, en même temps en semaine la pièce est à 21 h, cela te laisse le temps d’arriver. 😉

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