Le géant enfoui, Kazuo Ishiguro

Promets moi, princesse, que tu n’oublieras pas ce que tu ressens pour moi en ce moment dans ton cœur. A quoi servirait un souvenir surgi de la brume s’il se contente d’en chasser un autre ?

Grande surprise du Prix Nobel de littérature, Kazuo Ishiguro se devait d’être découvert.  Le géant enfoui s’est imposé de lui-même. Un titre avec une pointe de mythologie et de mystère, une recommandation précieuse lors d’un salon sur la côte  :  il ne m’en fallait pas plus.

En ouvrant ce roman, nous sommes immédiatement happés par cette brume qui nous entoure. Un texte lent, aux contours flous et à la langue sensuelle. Des mots s’échappe une légende moderne. Nous sentons les influences et pourtant nous sommes face à un récit résolument original. 

Quelle est cette brume qui permet aux hommes d’oublier ce qu’ils viennent de vivre ? Est-il possible de vivre seulement l’instant présent ? L’homme n’est-il pas constitué au contraire de ses archives qu’il compile ? La magie opère. Nous sommes alors touchés par ce couple peu ordinaire. Attachés l’un à l’autre malgré les nombreuses années, ils incarnent ce que chacun recherche : le Graal d’un bel amour qui ne serait pas terni. Certes. Mais rappelez-vous, ce couple n’a aucun souvenir. Serait-ce alors la clé pour regarder l’autre avec ce même regard originel ?

Les mordus de Kundera seront rassasiés : le message autour de l’oubli et de la mémoire occupe la narration, mais, loin de n’être qu’une réflexion en creux, Kazuo Ishiguro insuffle un souffle épique. Nous sommes dans un ailleurs qui flirte avec la fantasy, tout en jouant sur les codes de l’épopée, des légendes arthuriennes, des chansons de gestes. Autour du couple les bêtes et le mal rôdent, et leur voyage initiatique prendra des teintes de contes et de paraboles bien des fois.

Quid en effet de ce fils disparu qui occupe leur périple ? Comment ne pas penser à Homère ? A Chrétien de Troyes ? Comment ne pas y voir aussi un apologue du monde actuel ? Le Géant enfoui possède cette grâce et ce souffle des classiques tout en restant résolument moderne.

Époustouflée j’ai été par la narration qui sait se faire languir comme cette brume épaisse qui retient le couple et les habitants. Charmée j’ai été par cette langue puissante qui sait se faire oublier au profit de la narration. Kazuo Ishiguro a su combler à merveille, dans le Géant enfoui, les blancs de l’âge sombre (Dark Ages) de l’Antiquité tardive tout en donnant un nouveau regard sur la matière de Bretagne. Bluffée, je garderai longtemps en mémoire ce couple baigné de brume et cette magie toute particulière qui l’entoure.

464 pages
Genre : Romans et récits
Littérature contemporaine > Littérature étrangère > Anglo-saxonnes
Pays : Royaume-uni
Époque : XXe-XXIe siècle

ISBN : 9782070465101
Gencode : 9782070465101
Code distributeur : A46510

8 € 30

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18 comments

  1. Marie Laure says:

    Bonsoir Alexandra,
    Oh que tu me donnes envie de me plonger dans ce Géant enfoui … Je ne connais de cet auteur que le superbe Auprès de moi toujours. Je sens que je vais succomber à nouveau !
    Belle soirée.

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    • Leiloona says:

      Oh te revoici par ici, ça me fait plaisir (je n’ai pas encore lu le roman ahem …) Alors, je découvre l’auteur, et le titre « auprès de moi toujours » est sublime aussi. Punaise, il a l’art de trouver de jolis titres ! ♥

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  2. jostein59 says:

    Je l’ai sur ma liseuse mais chez moi, le numérique passe toujours en dernier. Au pire, je le rachèterai en poche car ce que tu en dis me tente beaucoup

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    • Leiloona says:

      Ah oui ! Achète-le ! (Dit celle qui est revenue d’un salon avec une dizaine de livres …) Un de plus ou un de moins, Jostein, cela ne fera pas trop de différence ! 😀
      (Sinon pareil, le numérique passe en dernier. Sauf en cas de relecture d’un texte précis.)

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  3. kathel says:

    Quand je l’ai lu à sa sortie, je m’étais sentie un peu seule, non à aimer, mais à le lire tout simplement… il mérite pourtant qu’on s’y intéresse ! 😉

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    • Leiloona says:

      Oui, c’est fou … Et moi pareil : comment suis-je passée à côté de lui ? D’autant plus que la couverture en broché est magnifique … cela fait partie des grands mystères livresques. 🙂

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  4. framboise says:

    rhoooooooooo ce billet copine <3
    Jamais lu cet auteur, misère de moi, je note penses-tu !

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