A + 2, Sophie Schulze

a + 2 sophie schulzeLe titre elliptique évoque une réalité crue : derrière « le A » se cache Auschwitz, le chiffre 2 renvoie quant à lui à la deuxième génération.
Comment vit-on avec cet héritage familial ? Cela peut-il changer un modus vivendi ? Ne porte-t-on pas inconsciemment le secret imposé par les générations précédentes ?

A + 2, ou comment tout commence par la perte d’un passeport. Angoisse, vertiges, cauchemars : cette perte est un signe précurseur du lien si particulier entre l’auteur  et son identité. Un questionnement jusqu’alors inconscient, mais que la narratrice s’efforcera de révéler au fil des pages.
Platon, Descartes et Heidegger en hypokhâgne, Anna Arendt puis Marx : la narratrice se cherche et se retranche dans les extrêmes avant de sceller l’ensemble dans une valise, et partir.
La fuite, l’exil ? Strasbourg, Tanzanie, Jérusalem, Cracovie … Sophie Schulze se cherche, ou plutôt son inconscient cherche à lui faire accepter certaines choses. Mais pour le moment, elle exécute, comme elle l’écrit elle-même, ce qu’on lui dit de faire. Elle rejette des requêtes.
Un travail de Kapo ?
Peut-on aller aussi loin dans la comparaison ?
D’autant plus que la dernière partie met au grand jour l’aboutissement de tout ceci. Une seule lettre ou plutôt deux. A et B. Le début de l’alphabet, le début d’une identité aussi, malheureusement et paradoxalement aussi deux camps de concentration et d’extermination.
Comment alors trouver son origine dans des lieux qui sentent la mort ?
Terribles et émouvants passages de Charlotte Delbo Aucun de nous ne reviendra  qui se mêlent alors à la voix de la narratrice. Cette partie appelée « Unicité » se révèle à la fois la plus proche de ce que l’auteur est, et pourtant elle reste fragmentée, parsemée, tout en pointillés encore … pleine de duplicité aussi.

A +2 est un récit déroutant car le chemin vers l’unicité est long et avec embûches. On peine même à trouver une cohérence à tout ceci. Néanmoins dans cet éparpillement naît une identité, celle de l’auteur, et une fois le livre fini on regarde alors les autres parties différemment, avec l’éclairage de la fin.
Et tout fait alors sens.

Une lecture dont on ne peut sortir indemne.
Les deux lettres qui suivent le récit sont terriblement émouvantes et montrent encore à quel point le temps n’efface pas tout.

Auteur Sophie Schulze
Editeur Leo Scheer
Date de parution 20/08/2014
ISBN 2756104507
EAN 978-2756104508
17 €
142 pages

Challenge 2 % de la rentrée littéraire

challengerl2014

 

12 / 12

Laure aussi l’a chroniqué et a refermé le livre dans le même état que moi.

10 comments

  1. aifelle says:

    Non seulement le temps n’efface rien, mais les traumatismes traversent très bien les générations, surtout lorsqu’ils ne sont pas « dits ». Voilà un roman (?) qui pourrait m’intéresser.

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    • Leiloona says:

      Oui, et la lettre de l’auteur à la fin du roman le démontre encore une fois … Ce poids de la culpabilité traverse les générations. Surtout quand le secret n’a pas été percé.

      C’est une autofiction qui mêle aussi des réflexions, donc à la frontière de l’essai, à la manière de Montaigne. 😉

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  2. alexmotamots says:

    Il est vrai que depuis la Shoah, nous avons des romans éparpillés…..

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    • Leiloona says:

      Il est intéressant surtout de savoir comment vit la 2ème génération avec ce poids. Surtout du côté des bourreaux.

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Commentaire :

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