Une photo quelques mots n° 437, atelier d’écriture en ligne

@ Fred Hedin

Pour commencer juillet, une photo de Fred Hedin !

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A dimanche pour la publication des textes !

5 comments

  1. Lothar says:

    « Chez toi, tu m’écris,
    Et moi, sur mon Île, attentive … je te rêve »

    Assis sur le seuil
    rayé feu de tout bois
    sur les pavés dorés
    si loin trop loin du sable fin

    tu m’écris

    Les yeux sur le rivage
    et les pieds dans l’eau
    j’écoute le bruit des vagues
    le songe vient à moi

    tu m’écris

    Aux cris des scarabées
    secs, tagués, rabougris
    le volume squatte l’amer
    et coud la bouche des palmiers

    tu m’écris

    Le crabe à pince doré
    avance d’une grande lenteur
    au loin saute le dauphin
    un souffle chaud dans mes cheveux

    tu m’écris

    Des louanges effeuillées
    ruinées si bien briquées
    un peu lasses, t’embrasent
    d’un bon mot, puis d’un autre
    en verrières balustrades

    tu m’écris

    Un baiser long court
    sur ma bouche affamée
    le soleil jaloux
    prend place à la lune

    tu m’écris

    Surprise entre les collines
    du matin frais
    Rapa Nui s’est levée …
    j’aime ta bouche adorée !

    tu m’écris.

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  2. Kloud says:

    Bonjour à tous.
    Désolé pour la longueur du texte…

    Un bâtiment désaffecté tagué donnant sur une cour insalubre sous un ciel gris ; Yvan, jeune auteur à succès de romans noirs, avait choisi ce lieu pour écrire. Il devait remettre son manuscrit avant l’été suivant et cherchait une inspiration qu’il sentait devenue bridée par un nouveau quotidien devenu trop confortable. Tout avait changé depuis qu’il avait rencontré Edwige, la fille d’un richissime entrepreneur du Texas, croisée lors d’une rencontre littéraire. Finie la bohème de sa vie d’étudiant où il remplissait des pages et des pages, jour et nuit dans sa modeste mansarde des quartiers chauds de Paris, fourmillant d’idées sombres et géniales à la fois. Son existence avait changé. Ils habitaient maintenant une villa somptueuse à La Baule, avec personnel à disposition et fréquentes soirées mondaines. Yvan ne reniait pas cette aisance inattendue et s’y sentait plutôt à l’aise, mais côté création, il se trouvait hélas devant un grand vide, voire d’un dangereux précipice.
    Il ne faisait plus partie du milieu glauque et sordide qu’il savait si bien décrire quelques temps auparavant. Le décor l’avait rejeté. On est dedans ou dehors, mais on ne fait pas semblant.
    Il essaya de retrouver les sources qui l’avaient tant inspiré dans ses premiers ouvrages et décida de squatter un local désaffecté d’un secteur défavorisé en banlieue de la capitale.
    Mais ses pensées le ramenait inlassablement à des histoires à l’eau de rose se déroulant dans des milieux bourgeois. Il tenta quand même d’écrire l’histoire d’un riche qui arrive chez les pauvres et leur laisse sa fortune. Au bout de la dixième page, il se trouva ridicule.
    Le lendemain de son arrivée, un groupe de jeunes entra brusquement dans les locaux désaffectés. En découvrant Yvan affalé dans un fauteuil de récupération, ils le prirent pour un rival s’immisçant sur leur territoire de commerce illicite. Ils le rouèrent de coups tout en l’injuriant. Tandis qu’ils s’acharnaient sur lui, trois voitures de police cernèrent les lieux. Ils embarquèrent tout le monde sans ménagement, Yvan compris. Incarcéré en comparution immédiate au même titre que les autres, ils écopa d’une longue peine de prison pour trafic en bande organisée.
    Dans sa geôle et lors des promenades de cour, il réussit à se faire quelques copains au passé chargé d’aventures diverses et pas toujours reluisantes : Robbie Carambouille, Mod la valise, Léo Demi-sel… Trouvant en ce nouveau venu une écoute bienveillante, ces truands lui égrenèrent avec naturel, verve et emportement leurs souvenirs qu’ils avaient rarement l’occasion d’exprimer. Leurs discours où se mêlaient réalité et imagination nourrissaient par là-même les idées d’Yvan. Sur sa table précaire, il prenait des notes qu’il classait méthodiquement puis peu à peu se mit à écrire plus d’une douzaine de pages par jour sous les yeux goguenards de ses codétenus.
    Au bout de quatre mois, bien défendu devant les juges, Yvan put enfin faire valoir son innocence. A sa sortie de Fresnes, il retrouva Edwige, toujours aussi amoureuse, et son éditeur qui ne l’avait jamais abandonné. Ce dernier, ravi par le manuscrit qui rayonnait de vécu et d’authenticité, publia alors aussitôt le roman intitulé : « Les Submersions en Eau Trouble sont parfois Salutaires», sans doute le plus abouti de l’auteur. Yvan dédia son livre à ses amis d’infortune qui l’avaient tant inspiré et envoya à chacun d’entre eux un exemplaire assorti d’un mot plein de bienveillance. Le succès en librairie fut immédiat, les critiques unanimes. L’une d’entre elles fit particulièrement plaisir à l’écrivain. Elle citait Jean Rostand : « J’aime les phrases qu’on dirait détachées de quelque invisible contexte ».

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