Imaginons une librairie dans laquelle vous ne trouveriez que des bons romans ! Une sorte de pays de Cocagne des livres. Le libraire aurait pratiquement tout lu, et les clients flâneraient dans cette librairie, prenant le temps de feuilleter le livre, de discuter avec son voisin. Il y aurait même des fauteuils à votre disposition.
Vous allez me rétorquer que ce lieu n’existe pas.
En ouvrant ce roman de Laurence Cossé, vous pourrez pourtant lire comment cette librairie est née et dans quel esprit fantasque cette idée farfelue a vu le jour.
Du lieu de cette boutique au premier livre mis en rayon en passant par le choix des livres.
Justement. Comment ne choisir que des bons romans ? Est-ce au libraire de constituer cette liste de livres ? Ou bien ne vaut-il pas mieux laisser cette tâche à un comité restreint. Comité qui n’aurait aucun autre but que la constitution de cette liste de livres ?
Que des bons romans ! Et combien ?
Toutes les réponses à ces questions se trouveront dans ce roman, au fil des pages.
Mais pour l’heure, le roman s’ouvre sur des faits dignes d’un roman policier : un homme vient de revenir dans son village de Savoie bien amoché. Il a passé quelques jours en forêt et ne se souvient plus de rien. Il est dans un état critique. Quelques jours plus tard, c’est une mère de famille qui a un accident de voiture sur une route qu’elle prend quotidiennement. Elle parle d’une voiture fantôme.
Quels liens entre la librairie « Au Bon roman » et ces accidents ?
Ce sera à vous de le découvrir !
Cela faisait plusieurs mois que le livre était dans ma pile de livres. Plus de sept mois me disent mes petits doigts. Quelle erreur de l’avoir laissé prendre la poussière autant de temps !
Le récit commence comme un roman policier, avec le suspens lié à ce genre, puis très vite on comprend quels sont les liens entre les différents accidents et cette librairie idéale née dans le cerveau d’une femme à l’abri du besoin.
La femme, c’est Francesca, et un jour elle propose à Ivan, un libraire amoureux des livres, de monter cette folle entreprise dans un quartier parisien.
Le succès est immédiat et ce dès l’ouverture. Nos deux compères n’en reviennent pas eux-mêmes. Et puis, avec le succès viennent forcément les premières aigreurs. Certains comparent même cette librairie dite élitiste à une certaine période noire de l’Histoire … Francesca est alors obligée obligée d’utiliser toute sa verve pour faire taire un temps ces quolibets. Un style certain s’en dégage. Lisez plutôt :
» Depuis qu’existe la littérature, la souffrance, la joie, l’horreur, la grâce, tout ce qu’il y a de grand en l’homme a produit de grand romans. Ces livres d’exception sont souvent méconnus, ils risquent en permanence d’être oubliés et, aujourd’hui où le nombre des publications est considérable, la puissance du marketing et le cynisme du commerce s’emploient à les rendre indistincts des millions de livres anodins, pour ne pas dire vains.
» Or ces romans magistraux sont bienfaisants. Ils enchantent. Ils aident à vivre. Ils instruisent. Il est devenu nécessaire de les défendre et de les promouvoir sans relâche, car c’est une illusion de penser qu’à eux seuls ils auraient le pouvoir de rayonner. Nous n’avons pas d’autre ambition.
» Nous voulons des livres nécessaires, des livres qu’on puisse lire le lendemain d’un enterrement quand on n’a plus de larmes tant on a pleuré, qu’on ne tient plus debout, calciné que l’on est par la souffrance ; des livres qui soient là comme des proches quand on a rangé la chambre de l’enfant mort, recopié ses notes intimes pour les avoir toujours sur soi, respiré mille fois ses habits dans la penderie, et que l’on a plus rien à faire ; des livres pour les nuits, où, malgré l’épuisement, on ne peut pas dormir, et où l’on voudrait simplement s’arracher à ces visions obsessionnelles ; des livres qui fassent le poids et qu’on ne lâche pas quand on n’en finit pas d’entre le policier dire doucement : Vous ne reverrez pas votre fille vivante ; quand on n’en peut plus de se voir chercher le petit Jean follement dans toute la maison, puis follement dans le jardin quand quinze fois par nuit on le découvre dans le petit bassin, à plat ventre dans trente centimètres d’eau ; des livres qu’on peut apporter à cette amie dont le fils s’est pendu, dans sa chambre, il y a deux mois qui semblent une heure ; à ce frère que la maladie rend méconnaissable.
(…)
» Nous n’avons que faire des livres insignifiants, des livres creux, des livres faits pour plaire.
Nous n’en voulons pas de ces livres bâclés, écrits à la va-vite, allez finissez-moi ça pour juillet, en septembre je vous le lance comme il faut et on en vend cent mille c’est plié.
» Nous voulons des livres écrits pour nous qui doutons de tout, qui pleurons pour un rien, qui sursautons au moindre bruit derrière nous.
» Nous voulons des livres qui aient coûté beaucoup à leur auteur, des livres où se soient déposés ses années de travail, son mal au dos, ses pannes, son affolement quelquefois à l’idée de se perdre, son découragement, son courage, son angoisse, son opiniâtreté, le risque qu’il a pris de rater.
(…)
» Nous voulons des livres qui n’éludent rien du tragique humain, rien des merveilles quotidiennes, des livres qui nous fassent revenir l’air dans les poumons.
Et quand il n’y en aurait qu’un par décennie, quand il ne paraîtrait qu’un Vies minuscules tous les dix ans, cela nous suffirait. Nous ne voulons rien d’autre. »
Un superbe plaidoyer, non ?
Pour les besoins de l’enquête, le lecteur suit donc le cheminement de cette entreprise et corne (ou note) frénétiquement les pages des livres coups de cœur de cette librairie. C’est donc en liant habilement enquête policière et livres coups de cœur que les 500 pages du livre filent à toute vitesse.
Ce n’est certes pas un livre que je retiendrai pour son style, bien qu’il n’ait rien de rebutant (d’ailleurs la lettre de Francesca le prouve). Disons que ce n’est pas l’objectif premier de ce roman. J’ai avant tout passé de belles heures avec ce livre, et même si ce roman ne figurerait pas chez « Au Bon roman », il fera partie de ces livres que j’aime offrir autour de moi.
Plus le temps passera, moins je penserai à ces quelques bémols narratifs relevés. Par exemple, je n’ai pas compris l’utilité d’un narrateur dévoilé à la fin, et l’intrigue amoureuse entre Anis et le libraire aurait pu ne pas exister … Mais passons car ce n’est que secondaire.
Et puis, malgré tout, sous ses airs de ne pas y toucher, ce roman pose aussi la question de la qualité d’un roman. Sur quels critères la définir ?
Une question inépuisable, je crois.
La Blanche pour Gallimard, 497 pages, 22 €
C’est suite au billet dithyrambique de Cuné que je l’avais noté : elle l’a lu en état de grâce, d’ailleurs ce roman fait partie aussi des 6 livres qu’elle a sélectionnés pour cette année.
Et pour avoir un avis contraire, celui de Choco. Chiffonnette reprend elle aussi cette lettre de Francesca (d’ailleurs, elle en cite davantage que moi.) Comment y rester insensible ?

M’enfin, je viens d’achever le dernier Ovaldé dont tu as fait un billet sublime et je ressors heureuse de ma lecture même si j’ai préféré dans un autre esprit « Le coeur cousu ».
je dois finir avant un livre qui me glace, un « thriller » encore que le terme soit mal adapté, un Thilliez, auteur en vogue, ce type est gravement malade et si vous lisez des livres de ce romancier , zavez intérêt à ne pas lire seule dans votre lit. (l’homme étant dans sa cabane, je lis avec Gaïa)
Ah oui, toi aussi ?
@ Lancellau :
Oh, non, je n’ai pas trouvé que cette histoire était un prétexte pour parler bouquins. Les personnages sont attachants en plus. Non, vraiment, c’est un livre qui se lit bien.
@ Celsmoon :
Ah, alors peut-être le liras-tu prochainement ?
@ Hambre :
Celui-ci m’a fait très vite de l’œil quand je l’ai croisé en librairie.
@ SD49 :
Ah, toi aussi tu l’as lu ? Tu en as fait un billet ? Ou bien était-ce avant l’ouverture de ton blog ?
@ Sylire :
Oh oui, je suis d’ailleurs étonnée que tu ne l’aies pas encore lu !
@ Rafafa :
Oui, la fin est moins bonne … on reste sur notre faim aussi. Mais ce petit défaut est vite oublié. Une belle idée bien menée.
Il faudrait que je regarde si elle a écrit d’autres livres.
@ Lolo :

Alors je suis contente qu’il l’ait aimé ! Cela fait bien longtemps que je n’ai pas croisé la route de Claudius d’ailleurs !
Pour le Ovaldé, je te comprends … et c’est marrant que tu le compares avec « Le Cœur cousu » car il m’y a fait penser aussi.
Quant à Thilliez, je vais passer … un rien chamboule mon petit cœur de guimauve en ce moment.
Mince, je viens de voir que tu avais écrit un deuxième message, et en plus tu me conseilles un autre livre de cet auteur ! Super ! En plus, tu réponds à ma question !
Merci, je le note !
Bon, c’est pas tout ça, mais sans doute vais-je devoir offrir à Noël un livre à une personne qui aime Marc Levy et Katherine Pancol (pas ma tasse de thé, mais je veux faire plaisir quand j’offre un cadeau et bien tomber). Tu as une idée? Je ne veux pas acheter un roman déjà lu. Ou alors un auteur différent mais avec une bonne histoire quand même?
Mince, alors. :/
Mais c’est bien aussi d’avoir deux sons de cloche sur un même livre !
@ Stéphie :
)
En plus, je suis pratiquement certaine que tu aimerais cette histoire. (Comment ça, je ne fais qu’accentuer la tentation ?
Peut-être pendant tes vacances ?
@ Aifelle :

Je pestais moi aussi ! Je ne pesterai plus !
@ Keisha :
Alors nos avis se rejoignent ! Je file voir ton billet !
Quant au cadeau de Noël, le dernier Gavalda ? Comme il vient de sortir, elle ne l’aura peut-être pas lu ?
@ Moka :
)
En plus, le thème ne sert pas de prétexte. A lire, oui !
Toi aussi ?
Bon, j’ai dû cafouiller dans ma recherche sur mon reader … faut dire que le titre était imprécis. Chnurf’ !
(J’aurais dû rechercher le titre en écrivant Cossé.)
Mea culpa, les filles. :/
Nous allons vite devenir des archéologues des petits cahiers à force de noter des titres partout !
Un peu comme la ville de Troie : il faudra enlever plusieurs couches pour découvrir tous ces titres notés !
Sinon, les « bons romans » dont il est fait l’éloge sont cités et vantés, un peu comme dans une anthologie, ou bien le propos reste général comme dans les extraits que tu nous as proposés ? (avec de bien belles phrases d’ailleurs, qui m’ont donné envie de regarder de plus près ce livre).
Moi aussi je l’avais oublié dans ma PAL.
@ Dominique :
Ça me fait la même chose quand je vois tourner un livre sur la blogo.
Arff oui, il vaut mieux dans ce cas-là l’oublier pour pouvoir le lire d’un œil neuf.
@ Manu :
Cette sortie ne devrait pas tarder. Je l’attends moi aussi pour conseiller ce livre.
@ George :
Oui ! Et ce sera intéressant de lire ton avis de libraire !
@ Hathaway :
J’espère qu’il te plaira alors !
@ Antigone :
Et je suis pratiquement certaine que ce thème te plaira.
@ Marie L :
Oui, les problématiques sont intéressantes. Certains ont trouvé que certains passages étaient trop convenus, ou pas assez crédibles. Mais je n’ai pas ressenti ça.
@ Karine
Ah oui, tu l’as lu toi aussi ? Nous sommes nombreux finalement !
@ Dolly :
Alors si ce thème t’intéresse, ce livre devrait te plaire !
@ Amanda :
Oui, je ne savais pas trop comment aborder cette question du style car ce n’est finalement pas ce qui est intéressant dans ce livre. Mais comme l’histoire parle pas mal de ce fameux style qui donne de la grandeur aux œuvres, je voulais l’évoquer tout de même.
@ Lilymousine :
J’étais moi aussi contente de découvrir ton blog !
@ Violaine :
)
Pour moi, beauuuuuuuucop plus abouti que « le libraire », et pas du tout dans le même registre.
Il s’agit plutôt de les évoquer très brièvement mais de manière si élogieuse que je n’ai pu que les noter. D’ailleurs, je vais peut-être les répertorier !
Et voilà, encore un roman qui devrait me plaire!
Je note, je note!
J’ai des remords encore plus profonds: hier, j’ai fini la lecture d’un livre qui traînait sur ma PAL depuis 2004 – et qui a été écrit au quinzième siècle (mais réédité en 2003)… Ces temps, je suis partiellement en phase de déstockage, donc bonjour les antiquités!
Quant à celui-ci, il dort aussi depuis quelques mois dans ma pile à lire. J’ai lu du bon et du moins bon à son sujet; donc je vais m’y mettre, peut-être à l’occasion d’un prochain voyage.
Et voilà comment on commence à noter sur des bouts de papier pour finir avec un cahier rempli de petites notes !
@ Emilie :
La version poche de « Au Bon roman » ne devrait pas tarder, non ?
@ Daniel Fattore :
)
Oui, j’ai vu ton billet sur ton blog !
J’aime bien la période de déstockage : on redécouvre des livres qu’on voulait lire depuis longtemps !
@ Marie :
Justement cette problématique-là est abordée dans le livre.
@ Mirontaine :
)
J’espère que tu le découvriras bientôt.
@ Emma : « Surprenant » ? Voici de quoi attiser ma curiosité !
@ Gambadou :
Mais certains restent tout de même des piliers, malgré les siècles … 
Oui, c’est comme tout.
@ Alex :
Se faire offrir, c’est encore mieux !
@ Keisha :
« Ensemble c’est tout » est plus gros aussi. Son dernier livre est une nouvelle, je crois ? Du coup, elle est très vite avalée. :
J’ai sans doute tort, mais celui-ci ne me tente pas pour le moment…
Ah … je n’ai pas lu le livre que tu cites (même si je l’ai gagné à un jeu concours) car il me semblait plus gnangnan …
@ Chiffonnette :
Ah oui, c’est un bon signe !
Ah, je vais m’interdire de lire les avis car c’est terrible! ma liste s’allonge à vue d’oeil…
Arff oui, les listes sont terribles pour ça.
@ Restling :
« Au bon roman » ne devrait pas tarder à sortir en poche …