Atelier d’écriture 334

© Mitchy

Publication des textes lundi prochain, sous cette photographie !

91 comments

  1. soene says:

    Coucou Leiloona
    Peut-être que je vais me forcer un peu à être inspirée sur ta photo 😉
    Gros bisous

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  2. Nady says:

    Si elle y croyait encore à cette Humanité, elle essaierait de répondre à son salut ; à celui là, remuant timidement sa main derrière un écran invisible qui semble s’être érigé entre son monde à elle et lui.
    Mais elle ne retient même pas le temps, ce fichu Graal qui file plus vite que son ombre, parsemant ça et là chagrins, bonheurs, misères et surprises inattendues…
    Si elle y croyait encore à cette Humanité, elle se laisserait retenir par elle en s’apaisant de ses mots, mais encore faudrait il qu’ils soient sincères !
    Nietzsche disait qu’« on voit d’après la démarche de chacun, s’il a trouvé sa route. L’Homme qui s’approche de son but ne marche plus, il danse ».
    Elle ne danse plus, elle implore le Ciel de partir… mais d’une certaine façon, très vite ou trop tard, elle est déjà partie…

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    • soene says:

      Hello Nady
      Ce propos de Nietzsche n’a pas pris une ride !
      Belle réflexion courte mais profonde. J’aime beaucoup.
      Bises d’O.

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    • Le Corbac says:

      Ceci laisse beaucoup de place à notre interprétation individuelle.
      Je trouve ça très drôle.

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      • Nady says:

        Oh que j’adore lire cela 😉 j’ai eu 7 interprétations différentes depuis ce matin, bluffée je suis 😉 merci pour ta lecture le Corbac 😉

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    • Valerie says:

      Nady, j’avais lu juste avant un commentaire sur fb concernant ton texte et je pense que cela ne m’a pas aidé à le comprendre. Je me suis également perdue, désolée.

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      • Nady says:

        Hihihi, je vais arrêté la SF then 😉 merci pour ta lecture tout fe même, tu n’as pas écrit ? Bises et bel été

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        • Valerie says:

          Non je n’ai pas écrit.je suis en vacances à l’etranger et j’avoue que les 2 derniéres photos ne m’inspiraient pas trop. Bonnes vacances à toi qui les commences je crois.bises

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          • Nady says:

            Suis sur la dernière ligne droite active, encore qqs jours avant ce Graal si mérité 😉

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          • Apolline says:

            « Elle ne danse plus », elle n’a donc pas trouvé sa route mais elle est déjà partie …vers son nouveau but, il faut croire que l’espoir est encore là

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    • Photonanie says:

      J’aime beaucoup la phrase de Nietzsche que je découvre (la phrase 😉 ). Le reste me semble un peu confus…

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    • Photonanie says:

      J’aime beaucoup la phrase de Nietzsche que je ne connaissais pas (la phrase 😉 ) mais le texte en lui-même me semble assez confus, j’avoue que je ne saisis pas bien…

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      • Nady says:

        Merci pour ta lecture photonanie. Je m’essaie à la SF depuis 2 ateliers et j’avoue que c’est complexe car très en dehors de mes zones de confort et me suis rattachée à Nietzsche 😉

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  3. Hermione says:

    Je respire avec difficulté sur le banc du square. Depuis un peu moins d’un quart d’heure j’ai la tête lourde, les yeux qui me piquent et mon ventre est douloureux. Ma seule envie est de rentrer à la maison. Mais d’abord, il faut que j’aille prévenir Sarah avant que ce soit à son tour de monter sur scène.
    Je me dirige en grimaçant en direction de la foule qui saute en criant à l’adresse des chanteurs. Un vélo manque de me renverser et le cycliste ne s’excuse même pas. En pestant contre l’homme, je me fraie un passage dans la foule compacte.
    Je comprends aussitôt que c’était une très mauvaise idée. De tous côtés je me trouve bousculée par les spectateurs qui crient, sautent et dansent. Je n’arrive pas à me faufiler entre les corps et le passage que j’ai créé en entrant s’est refermé. J’aurais mieux fait de contourner les spectateurs et de passer par l’arrière de la scène.
    Je me redresse d’un coup : j’ai l’impression que quelque chose pince mon cœur avec agressivité. C’est affreux. J’inspire, j’expire. Puis je bouscule les gens devant moi. Avec la nuit qui tombe, j’ai l’impression d’être encerclée non pas par des humains mais par des murs qui bougent pour me bloquer le passage. C’est décourageant ; je me sens oppressée. J’ai toujours été un peu claustrophobe, mais ce soir la sensation est encore plus forte. J’étouffe sous la pression de toutes ces épaules, de tous ces dos. J’avance de quelques pas en respirant fort. Mes yeux se ferment d’eux-mêmes, comme lorsque je suis très fatiguée. Je mets toute ma volonté à avancer. La scène est encore loin ; les projecteurs éblouissent mes yeux épuisés ; on me pousse contre le dos d’une inconnue ; l’odeur de cigarettes m’étourdit ; un danseur me donne un coup de coude dans le ventre. Je sens que je vais vomir. Il est trop tard pour prévenir Sarah : elle vient de monter scène sous une douche d’applaudissement. Je lève la main : j’ai besoin d’aide ; j’avance ; on me repousse. Je crie ; je tourne sur moi-même. Personne ne se soucie de la jeune femme malade qu’ils encerclent. Mes yeux se ferment et je me sens tomber.
    , étouffer, av nuit musique et projecteurs éblouissent,

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    • Nady says:

      J’étouffais et ressentais les vertiges de ton personnage, je suis tombée avec elle ! Superbe scène descriptive que tu nous fis là !

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    • soene says:

      En fait, la photo dégage une atmosphère flippante 🙄
      Excellente description d’une scène de vie bien réelle.
      Bises d’O.

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    • Le Corbac says:

      Impressionnante prestation que la présence de cette personne subissant la pression de cette foule aussi compacte qu un.mur et si désinvolture vis à vis de la pression que ton personnage peut ressentir.
      Mais il y a aussi cette interrogation : pourquoi fait il prévenir Sarah?

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    • Valerie says:

      Le passage du banc du square à la foule endiablée profitant du concert est un peu brutale à min goût On ne comprend pas bien pourquoi ton personnage doit au peril de sa vie prevenir Sarah que c est son tour mais cela laisse notre imagination faire son travail. Sur la route en voiture l’autre jour je suis tombée sur un journaliste qui racontait la grande aventure winstock..ton texte m’y fait un peu penser.

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    • Alexandra K says:

      Hermione : texte très oppressant … Je crois que j’y aurais mis davantage de respiration pour le lecteur, sans doute moins de phrases avec des verbes d’action, un peu comme si on passait d’une phrase à une autre sans réellement prendre le temps de savourer la précédente.

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      • Hermione says:

        Merci pour ta réponse, c’est vrai que j’avais l’impression d’enchainer trop vite les actiond mais je pensais que sinon il n’y aurait plus ce coté oppressant.

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  4. Cloud says:

    Exhiber cette femme, pas très nette, dans un asile de flous, je trouve cela absurde.
    Cette mise au point me paraissait nécessaire, tout en restant objectif.
    N’est-ce pas plutôt le monde qui devient flou ?

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    • Nady says:

      Oh mon Claude ! J’aurais envie de répondre à ta question sur plusieurs lignes mais je suis terriblement fatiguée alors je me contenterai de dire oui ! Ton style est inhabituel et la concision et cette question sur ce cliché qui semble plombant en sont très percutants. Grosse bises et te donne rdv à la rentrée.

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    • Alexandra K says:

      Cloud : je reconnais là ton talent queneausien : jeux de mots, et pirouettes oulipiennes. Bien vu (si j’puis dire. 😉 )

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    • Valerie says:

      J’ai d’abord cru que tu commentais un texte mais je ne voyais pas lequel, avant de comprendre que c’était ton texte. Court mais percutant!

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      • Apolline says:

        Moi j’ai aimé cette description physique étouffante du malaise de cette femme au milieu de la promiscuité d’une foule qui l’ignore totalement voire la repousse…Seule parmi la multitude anonyme…Et tant pis si Sarah n’est pas prévenue !

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    • soene says:

      Les bras en croix. Une image furtive s’invite, fait irruption devant mes yeux ou dans mon imagination ? Je ne saurais dire…
      Je ne suis pas croyante mais le Christ m’interpelle soudain. Est-ce un miracle ou plutôt une allucination ?…
      .
      Derrière la vitre du train qui s’éloigne, ses pensées s’emballent. Enfermée dans un cocon de silence, debout dans ce wagon rempli de gens qu’elle ne connaît pas, elle fait signe de la main à celle qui est restée sur le quai, immobile, les bras levés. Signe d’au revoir ou signe de détresse à cause de ce départ précipité et inexpliqué ?

      Elles deux, ce fut une belle aventure. Elle emploie déjà le passé. Pourtant, elle sait qu’il ne faut jamais dire « jamais »… « Jamais dire jamais, ni qu’on s’en fout des souvenirs » Elle sait qu’elles s’aimaient…

      Voilà qu’elle fredonne tout à coup la chanson de David H. Les chansons, comme les images, écrivent nos histoires. « Le coeur a ses raisons que la raison ignore« . C’est drôle ce besoin qu’elle éprouve de se réfugier dans les paroles ou les citations des autres lorsqu’elle n’est plus en mesure de faire face à la réalité du moment. Elle se fait souvent cette réflexion. Ces digressions sont la seule façon de surmonter ses vides, ses doutes, ses peines.

      Désormais, elles ne dormiront plus ensemble. Elles devront se réinventer une nouvelle tranche de vie, reconstruire un nouveau nid. C’est ainsi.

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      • Le Corbac says:

        J aime beaucoup cette nostalgie des ruptures sur les quais de gare et les interrogations engendrées.
        Il se dégage de ce texte une certaine froideur qui implique qu elle est déjà passée à autre chose.

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        • soene says:

          Hello Le Corbac
          Merci !
          Elle avait sûrement mûri sa décision avant de passer à l’acte, c’est plus facile ainsi quand on décide soi-même 🙄
          Bises d’O.

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      • Valerie says:

        Un peu gênée par ton premier paragraphe que je n’arrive pas à relier au reste du texte bien qu il campe bien la photo.

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        • soene says:

          En effet, j’ai employé la première personne et puis ensuite la 3e personne, c’est une erreur !
          Je vais rétablir tout ça sur mon blog.
          Bises d’O.

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      • Nady says:

        J’ai beaucoup aimé tes réflexions dans le 4ème paragraphe Soène.
        Intéressant d’y voir une rupture dans ce cliché et tu l’as si bien décrite.

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      • Photonanie says:

        Se réfugier dans les citations des autres, n’est-ce pas une manière de ne pas se dévoiler soi-même?
        Je trouve cette rupture un peu froide mais une rupture est rarement chaleureuse après tout…

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        • soene says:

          A la réflexion, tu as raison PhotoNanie, pour ta première phrase 😉
          Quand on rompt, pas besoin de faire un mélo drame, on a décidé d’en finir, un point c’est tout 😆
          Je suis comme ça 😉
          Bonne fin de semaine et gros bisous

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  5. Photonanie says:

    Ma participation:
    Nouveau départ

    Enfin Yann était là! Il y avait des heures que les idées les plus folles tournaient dans sa tête: viendra, viendra pas? Oh bien sûr il le lui avait promis mais le temps passait et elle perdait en même temps courage et confiance.

    Deux voitures déjà s’étaient arrêtées. Les conducteurs l’avaient toisée de la tête aux pieds avec un regard équivoque.  Elle avait tremblé de tous ses membres. Heureusement que sa mine pâle et plutôt triste les avait découragés d’essayer d’engager la conversation.

    Elle avait tout quitté pour le suivre, entassé le strict nécessaire dans un petit sac de voyage et fourré rapidement dans sa poche ses maigres économies. Elle avait même abandonné son téléphone portable. Elle était bien décidée à tirer définitivement un trait sur son ancienne vie, la vie d’avant lui.

    Son mari n’était pas méchant mais indifférent. Au fil du temps il ne la voyait plus, ne lui parlait presque plus. Ils vivaient côte à côte mais pas vraiment ensemble. Se rendrait-il seulement compte qu’elle était partie avant que lui vienne le besoin d’une chemise repassée pour aller au bureau?

    Et puis Yann était entré dans le café où elle gagnait sa vie comme serveuse et avec lui un rayon de soleil s’était engouffré par la porte. Elle avait de suite senti qu’il était différent et qu’entre eux il se passait quelque chose de fort.

    Il était venu tous les jours, à la même heure, s’asseyant sur la même banquette d’où il pouvait suivre ses déplacements de table en table et commandant le même café avec le même grand sourire engageant. Jusqu’au jour où il avait pris l’initiative de lui demander s’il pouvait l’attendre à la fin de son service. Elle avait dit oui, comme dans un rêve…

    Depuis les choses avaient évolué entre eux, à tel point qu’elle se sentait étouffer dans sa petite vie étriquée et sans joie. Jusqu’à ce jour où il lui avait proposé de le suivre, ailleurs, là où son boulot l’envoyait, loin des ornières de leur vie actuelle. Une chance pareille ça ne se rate pas même si c’est un peu fou, justement parce que c’est fou! Elle avait dit oui et depuis le matin attendait devant la gare.

    Enfin, d’un signe de la main il la héla, elle ne l’avait pas vu venir, dans l’ombre, parmi les voyageurs qui venaient de quitter ce train. Un mètre encore et il se trouva près d’elle qui lui tendait les bras dans le soleil.

    Si vous souhaitez lire sur mon blog c’est https://photonanie.com/2019/08/05/brick-a-book-334/

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    • Le Corbac says:

      La tristitude (cf https://youtu.be/UQObMEXyhrU ) d une vie de couple devenue aussi terne qu’un coucher de soleil à Maubeuge en novembre.
      La Joie et le Bonheur d’un renouveau à venir, futur ensoleillement du coeur..
      Pour un temps? Pour toujours? Va savoir…

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    • Valerie says:

      En esperant qu’elle aura quitter sa petite vie devenue sordide pour mieux. Elle ne prend pas beaucoup de risque a priori…mais sait-on jamais.

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    • Nady says:

      Très intéressant ces 2 paragraphes et je rejoins le retour du Corbac. Tant mieux pour elle si elle y trouve son bonheur dans ce renouveau, en espérant qu’elle ait compris ce qu’elle désirait en couple et les efforts qu’elle devra aussi fournir pour que ça continue à marcher entre eux car là ça parait tout de même trop idyllique 😉

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      • Apolline says:

        Il est permis de rêver…Surtout pour quitter ce qu’on ne supporte plus…
        Mais attention ne pas tout attendre de l’autre …

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    • Alexandra K says:

      Photonanie : Ton texte me fait penser au dernier Delacourt que j’ai lu … « Danse au bord de l’abîme », je ne sais pas si tu l’as lu, mais c’est ça : une personne qui vient bouleverser le train train du quotidien.

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  6. le Corbac says:

    L’Amour Partagé

    Elle est là, dressée devant la foule hallucinée de tous ces illuminés, bras tendus, guettant cette béatitude tant attendue qu’elle leur vend chaque jour, chaque semaine, mois années depuis bientôt cinq ans.
    Tout ce qu’elle va recevoir ce soir ce ne sera qu’une balle. Entre les deux yeux. Pendant ce qu’elle ne sait pas encore être son ultime sermon, son dernier bain de foule et moi j’aurais mon « quart d’heure de célébrité », moi son fils, le fils de sa mère, le fils de celle qui lui a fait vivre depuis six ans un cauchemar.
    J’ai quinze ans et aujourd’hui je vais assassiner ma mère, ma génitrice, celle qui m’a menti et leur ment, les manipule au nom de sa pseudo foi.
    Pourquoi ? Parce qu’il y a six ans elle a abattu mon père. D’accord il n’était probablement ni le meilleur mari ni le meilleur père qu’il soit mais il nous aimait. Elle m’a kidnappé en pleine nuit, nous avons fui, il nous a suivi et dans une petite forêt, quand il nous a rattrapé, elle l’a abattu (« Je te promets que c’est un accident : Je ne voulais pas. Je voulais l’éloigner de toi, te mettre en sécurité mais quand il m’a attrapé par le bras dans la forêt et que nous nous sommes disputés, le coup est parti tout seul. Je ne voulais pas ça je te jure)
    Ben tiens donc tu voulais pas lui planter ton revolver sous le menton, tirer à bout portant et lui perforer le palet, exploser sa boîte crânienne et faire gicler sa cervelle sur les feuilles alors que moi je t’attendais désespérément dans la voiture ! Non, bien sûr que tu ne voulais pas quitter ce pauvre type, ouvrier dans la sidérurgie que t’avais épousé trop tôt, qui t’avais mis en cloque avec amour et qui se démenait à trimer et essayer de te donner tout ce que tu attendais. Non tu n’étais pas tombée sous le charme indien de ce Jésuit Joe, ce prédicateur de pacotille qui charmait les trop jeunes mariées, les trop jeunes mères au foyer, les insatisfaites et leurs rêves de grandeur, les frustrées de la vie qui se voyaient femme de… Non tu n’as pas quitté mon père pour ce gourou d’une secte que tu retrouvais régulièrement dans la chambre d’un motel de l’état pour te faire sauter, boire ses paroles, t’enivrer de sa sève et de ses discours nauséabonds quand je jouais sur le palier en t’entendant haleter pendant qu’à coup de bite il te nettoyait le cerveau et te pénétrait, comme tant d’autres de sa foi. Bien évidemment que tu n’as pas vidé les comptes de la famille, vendu la maison et fait don de ton corps et de mon héritage et de mon cul à ce vieux pervers parce qu’il t’avais promis tout ce que tu attendais : la reconnaissance, exister aux yeux des autres et te pavaner devant ces demeurés avec lesquels je vis depuis six ans dans cette luxueuse propriété, au milieu de tous ces gosses dont il abuse régulièrement au nom de sa pseudo-foi, de toutes ces femmes qu’il manipule et domine avec sa bite, son charisme et ses belles paroles, ces femmes qui passent de bras en bras, de fidèles en fidèles au nom de l’Amour partagé, offrant à ses adeptes leurs cuisses ouvertes et les thunes de leurs maris abandonnés, décédés « accidentellement » ou rongés par le chagrin d’avoir vu leur famille disparaître du jour au lendemain. Je sais que tu trouverais encore une fois les mots pour m’expliquer que je ne comprends rien, que ce merveilleux Jésuit Joe est sur Terre pour nous offrir un nouveau monde, pour nous amener sur le chemin de Dieu, celui qui a dit « Laissez venir à moi les petits enfants », que je ne suis pas encore digne de recevoir son enseignement et que je traverse le mal de l’adolescence, les doutes, les interrogations inhérentes à ce moment difficile de mon existence mais que très vite je comprendrais.
    Mais tu vois ma chère mère, j’ai trouvé tes carnets de notes, tes journaux intimes que tu tiens depuis ce jour où tu as froidement abattu mon père pour rejoindre ce type auquel tu as offert sans vergogne le cul de ta progéniture juste parce qu’il faisait vibrer ton cœur, briller tes yeux et couiner comme la salope que tu es. J’ai bien suivi l’enseignement de ton amant, profondément même parfois et souvent douloureusement, ce qui m’a permis de fabriquer il y a quelques temps à partir de différents postes une radio amateur. Ça m’a permis depuis quelques mois d’entendre ce que le monde disait sur la Fraternité de l’Amour Partagé, de suivre les multiples enquêtes, mandats fédéraux et accusations lancées sur celui que tu appelles amoureusement ton prophète…
    Ce soir tu vas mourir de ma main, celle de celui que tu as enfanté pour te créer une vie et tu périras par l’arme avec laquelle tu as pêché et je n’ai aucun regret ni remords après le cauchemar que tu m’as fait vivre et cette enfance que tu m’as volé.
    Je te hais ma chère mère et meurt…maintenant.

    Ps: Certains m’avaient « demandé » ce qui était arrivé au petit garçon dans la voiture dans un des ateliers précédent: le voilà!

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    • Nady says:

      Gosh le Corbac !!! ça en envoie du lourd là ! Je ne sais pas pourquoi mais le hasard de la vie m’a fait lire ton ps en surfant et ce simple teasing m’a poussée à tout lâcher illico presto pour découvrir ton texte ! Rien à dire sauf que tu excelles à nous amener dans cette histoire qui colle parfaitement à la photo ! Même le côté cru de certains de tes mots et métaphores ne m’ont pas gênée, alors que je ne suis pas fan de cela en général mais on sent tellement une revanche dans le coeur de cet enfant à qui on a volé beaucoup de choses pendant ce début de vie que c’est avec curiosité et plaisir que j’ai parcouru tes lignes sur cette suite d’histoires. A quand la suite des aventures de cet ado qui deviendra adulte… Parviendra t il à se reconstruire et construire quelque chose de sain à sa sortie de prison ? 😉 le début d’un roman là…. je dis ça, je dis rien 😉 congrats sincèrement !

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      • Olivier Vanderbecq says:

        Ben comment dire…merci. J avais trouvé chouette l’idée d’une suite au premier texte mais il me fallait la bonne image.
        En tout cas c est top comme commentaire.

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    • Valerie says:

      Whaou. Ton texte envoie du lourd et comme je comprends la haine que peut ressentir ce jeune ado sacrifié par sa mère. Dire que ça doit exister me fait froid dans le dos. En tous cas bravo pour ton texte.

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      • Valerie says:

        Je viens de voir que j’ai commencé mon commentaire comme Nady, comme quoi ton texte doit vraiment envoyer du lourd!!

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    • Alexandra K says:

      Olivier : Super intéressant ! Style percutant et efficace, très sombre … Et puis, quand vient la fin et qu’on apprend que c’est l’enfant d’un autre de tes textes, tu creuses un peu plus le « woutch » … Parce que forcément personne ne voudrait tourner ainsi. J’aime bien quand on exploite le côté dark d’un personnage tout en lui donnant raison. Bien vu !

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      • Le Corbac says:

        J ai pris un panard à l’écrire dans la continuité de l autre.

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        • Apolline says:

          Bon, je crois que je vais garer mes carnets de notes et autres journaux intimes…
          En tout cas, c’est acéré, percutant comme la balle qui va la tuer entre les deux yeux. Quel ultime message d’amour filial avant l’acte définitif !
          En attendant gardons nous de tous les prophètes…

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    • Photonanie says:

      C’est vrai que c’est percutant, comme la balle entre les deux yeux! Beau texte de révolte pleinement expliquée et justifiée La dernière phrase m’a fait sourire en pensant qu’il n’allait pas lui dire « meurs un autre jour » parce que quelqu’un d’autre l’avait déjà écrit…

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  7. ameliem says:

    Il a attendu que le dernier accord s’évanouisse dans le silence pour rouvrir les yeux. Cette voix.
    Quand un proche disparaît c’est sa voix qu’on oublie en premier. On ne peut rien y faire. Les visages restent, imprimés sur papier glacé ou au creux d’un précieux dossier. La voix échappe à la captivité, quoiqu’on fasse pour la retenir. Sa voix à elle est gravée pour toujours. Lui, au moins, a cette « chance ».
    Il referme les yeux pour tenter de retrouver son regard et l’expression de son visage à la fin de ce concert. Leur première rencontre. Les Franco, canicule sur La Rochelle.
    Ses copains étaient motivés pour faire la tournée des bars après le dernier concert de la soirée. Lui n’avait qu’une envie, l’attendre au pied de la scène. Pour lui dire quoi ? Lui demander de chanter encore, de le regarder encore, rien que lui, droit dans les yeux, et de projeter sa voix de rocaille encore une fois, rien que pour lui.
    Cette voix qu’il avait reçue comme un délicieux coup de poing dans le ventre à l’instant où les premières notes avaient résonné ce soir-là. Cette voix qui ne le quitterait plus, et qu’il chérirait ensuite tous les matins dès le réveil. Cette voix qui l’accompagne partout, encore aujourd’hui. Même après. Après…
    Il rouvre les yeux. Son regard se pose sur la pochette du disque. La même émotion le saisit. Une joie intense, mêlée de mélancolie. Ce soir-là, le soir de la photo, il était dans le public et elle l’avait regardé, juste un instant. Il avait levé la main, une parmi toutes les autres mains levées en rythme pour marquer le tempo. Mais c’est son geste timide qui avait capté son attention. C’était il y a longtemps. Depuis, il y en avait eu, des concerts, des tournées. Mais aucun souvenir aussi fort que celui de leur première rencontre. Le soir de la photo.

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    • Alexandra K says:

      Amélie : je suis contente de te relire.
      Ton texte me touche, car c’est effectivement la voix qu’on oublie en premier. C’est assez terrible d’ailleurs … Aussi, pour convoquer les disparus, l’odeur (leur parfum) est un puissant catalyseur de souvenirs. C’est intéressant de traiter de l’oubli d’un son tout en parlant d’un concert qui convoque lui aussi l’ouïe, cela permet une jolie boucle au texte.

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      • amliem says:

        Merci beaucoup pour ta lecture Alexandra. Je suis partie sur le souvenir de la voix pour contourner le sujet plus direct du concert qui m’inspirait moins de prime abord. Mais en observant la photo un peu plus longuement elle m’est apparue plus riche que ce que j’avais cru voir au départ. 🙂

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    • Photonanie says:

      Belle description de ce que contient cet instant: le soir de la photo et le disque dans la pochette qui a emprisonné la voix.

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  8. Apolline says:

    Ombre et lumière, noir et blanc, d’un côté bras ouverts, de l’autre main levée en signe de stop. Qui est cette femme en blanc qui ose s’approcher et braver l’interdiction ?

    Elle se découpe en anthracite cette main aux doigts déliés face au halo ardent du projecteur. Qu’est ce qui la retient de baisser sa garde ?
    Peut-être l’envie d’aller chercher la main droite de cette femme dont on ne sait rien mais qui déploie son geste d’apaisement, les deux bras à l’horizontale, la poitrine ouverte, offerte.

    Il y avait deux zones et au milieu une barrière infranchissable dont auraient rêvé bien des puissants aux siècles derniers pour contraindre, parquer, empêcher tous les indésirables. Un mur invisible insurmontable, invincible, qui n’existait qu’à la palpation quand une main s’approchait trop près…Le froid de la cloison du côté sombre, la chaleur de la vie de l’autre. La main noire aux doigts déliés s’appuyait sur la paroi et imaginait pouvoir la traverser pour rejoindre l’embrassade généreuse de la femme en blanc.

    Cela faisait si longtemps que les deux zones avaient été créées que certains avaient oublié le monde d’avant, celui de la clarté, de la douceur, de la bienveillance et même si on pouvait distinguer en face un poing levé, ce ne pouvait être que celui de la revendication pour libérer les chaînes de ceux qui survivaient grâce à – qui une vache, qui une pomme de terre, qui un chat ou un chien, dans la sphère des ténèbres, du caché, du souterrain…Une sorte d’existence qui persistait malgré tout. De temps en temps, par inadvertance, il arrivait que deux êtres s’aperçoivent à travers la paroi et fassent montre, clandestinement de timides sentiments, pourtant formellement interdits.

    Il n’aurait pas fallu beaucoup pour décider d’abattre ce mur invisible qui se serait brisé en mille éclats pointus, étincelants, jaillissants, acérés mais libérateurs pour faire en sorte de réconcilier les deux mondes pétrifiés. Mais le Grand Ponte que d’aucuns appelaient le Grand Singe ne l’avait pas décidé ainsi et depuis tous ces temps délavés et insipides où il régnait sur les deux hémisphères et où il avait ordonné une fois pour toutes de séparer ce qui restait de la race humaine en deux catégories, les « moins que rien, incapables » et les « mous, inoffensifs », rien ne lui aurait fait modifier son comportement.

    Lui ? Le Grand Ponte ? Il vivait bien, merci !

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    • Alexandra K says:

      Apolline : Tiens, c’est marrant d’en faire une dystopie … Comme quoi, la photo d’une main levée, tel un salut, peut vous faire créer des textes oppressants. 🙂
      J’ai beaucoup aimé le style de ton second paragraphe, tout en suspension.

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    • Apolline says:

      Merci ! J’ai tout de suite pensé et n’ai pas réussi à me défaire du « Mur invisible »…A découvrir pour ceux qui ne connaissent pas encore …

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    • Photonanie says:

      Ça m’a irrésistiblement rappelé la série « Under the dome »…Quant au Grand Singe il m’évoque un certain président américain, avec tout le respect que j’ai pour les singes bien sûr!

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  9. lemexicainjaune says:

    Après un mois, un an, un siècle d’absence, je l’ai revue à la gare. K était venue me chercher. Déjà elle entre-ouvrait ses bras, prête à m’accueillir contre son sein, prête à me serrer, prête à s’enivrer de mon odeur.
    Alors j’ai levé la main comme pour un salut.
    Je ne m’explique pas ce geste froid et amical. Pourtant, je l’attendais. Mille fois, un million de fois j’ai prié pour ces retrouvailles. L’exil de ma prison n’était supportable que pour cet instant-là.
    J’ai vu son rictus sur son visage, son sourire se figer et ses bras descendre petit à petit.
    Oh K, petit pinson que je fais tant souffrir… Quand les manchots perdront-ils enfin leur démarche maladroite de mâle pataud ? Quand les coeurs pourront-ils parler librement comme les nuages parlent au ciel ?

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    • Alexandra K says:

      Grâce aux mots, les coeurs peuvent se parler. C’est le meilleur des vecteurs, le plus fort peut-être, après le contact physique.
      Mais là où s’évanouira la sensation, volatile et éphémère, les mots, les tiens, resteront.

      Scripta manent, dixit la langue des oubliés.

      Au soir de sa vie, dans son rocking-chair, K te relira.

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  10. laura vanel-coytte says:

    Communier

    Je lis et vois partout  que la méditation est essentielle à la vie

    Le bouddhisme n’est pas aussi à la mode qu’il y a quelques années

    Alors que le yoga est mis à toutes les sauces de nos vies connectées

    Le christianisme lui est complètement décrédibilisé, on le laisse aux excités.

     

    Moi qui ne suis guère sociable, j’aime communier lors d’une célébration

    Prier, chanter, partager un moment avec les autres, des rites, une ambiance

    Et j’enrage de voir certains de même pas respecter cette méditation

    Qu’on appelle aussi aussi foi, croyance, prière sans parler de la vraie communion

     

    Sait-on encore ce que recouvre ce mot qui appartient à notre culture

    Qu’on opprime en Orient; laissera -t-on mourir ces pratiques

    Qu’ailleurs on trouve pittoresques? moi, je vous dis sans détour

    Je me sens chrétienne avec mes doutes; je prie pour méditer et communier.

     

    18 AOUT 2019

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